Du cyanure dans l’alimentation
On parle parfois d’intoxication alimentaire au cyanure. Le mot fait frémir parce que tout le monde, ou presque, sait que le cyanure est un poison violent, utilisé par les Allemands lors de la dernière guerre mondiale. Et voilà maintenant qu’on en parle dans le monde de l’alimentation.
Qu’en est-il vraiment ?
La cigarette est la première cause d’exposition au cyanure ! Mais il y a pire : elle contient de l’arsenic, de l’ammoniac, de l’acétone, du cadmium, du formol, du benzopyrène, du glycol, du sulfate d’ammonium, de la coumarine, de l’eugénol (un phénol), de la théobromine, de la glycyrrhizine et de la pyridine… Joli cocktail, non ? Pour en savoir plus sur la cigarette, rendez-vous sur le site du Centre anti-tabac consacré à l’aide et au soutien pour arrêter de fumer. ![]()
L’eau potable, c’est pas mal non plus… La présence de cyanure y est due au rejet des industries. Cependant, Santé Canada affirme que « le maintien d’une teneur résiduelle en chlore libre dans des conditions neutres ou alcalines se traduira par de très faibles concentrations de cyanure dans l’eau traitée ». Pour en savoir plus et vous faire votre propre idée, cliquez ici. ![]()
Les noyaux d’abricots amers contiennent du cyanure et sont dangereux ! Mais qui, parmi vous, consomme régulièrement des noyaux d’abricots ???
Et puis, il y a le manioc…
En effet, l’information, le bruit qui circule au sujet des dangers du cyanure vient principalement du manioc. Celui-ci est au banc des accusés parce qu’il contient des cyanogènes naturels susceptibles de provoquer des troubles neurologiques et des anomalies thyroïdiennes… Mais notre organisme possède les moyens de se détoxiquer de cyanure qu’il absorbe, à condition bien sûr qu’il soit efficient sur ce plan.
Comment se passe la détoxication de l’acide cyanhydrique (cyanure) dans l’organisme ?
L’ingestion du cyanure présent dans les aliments conduit à sa détoxication dans l’organisme grâce à sa conversion en thiocyanate, un composé soufré ayant des propriétés goitrigènes(désigne ce qui provoque le goitre, tuméfaction ou augmentation du volume de la glande thyroïde). Oups !
Et c’est la vitamine B12 qui influence vraisemblablement cette conversion du cyanure en thiocyanate… Compliqué ? Pas tant que ça… Chez un individu en bonne santé, l’équilibre entre le cyanure et le thiocyanate (largement présent dans les liquides du corps, y compris la salive) est constamment maintenu, grâce à la consommation de protéines et plus particulièrement d’acides aminés soufrés.
Petit détour sur ces acides aminés soufrés
Il s’agit de la méthionine et de la cystéine, principalement présentes dans les produits animaux (sole, thon, bœuf, poulet, mais aussi fromages et jaune d’œuf), mais on en trouve également dans la farine de soja, les cacahuètes/arachides grillées, les lentilles, les haricots, les pistaches et les amandes). La méthionine est essentielle (le corps ne la synthétise pas), la cystéine non, mais comme celle détériore la vitamine B6, mieux vaut assurer son apport par la nourriture ou la supplémentation. Chez un individu qui serait carencé en acides aminés soufrés, la capacité de détoxication du cyanure (déterminée par l’équilibre dynamique entre cyanure et thiocyanate) serait amoindrie le rendant plus vulnérable à l’effet toxique du cyanure. ![]()
Mais il faut savoir que l’augmentation du thiocyanate dans le sang (qui peut être provoqué par un apport excessif de cyanure) bloque l’iode et l’empêche d’entrer dans la thyroïde pour former les hormonesthyroïdiennes (d’où le goitre dû à l’hypothyroïdie). Par ailleurs, une insuffisance thyroïdienne commencée pendant la vie fœtale ou à la naissance entraîne une hypotrophie des neurones corticaux. Et cela, ce ne mène à rien d’autre qu’à une insuffisance du développement du cerveau, puis à des lésions définitives de celui-ci et au crétinisme mental (ataxie neuropathique tropicale !!!).
Retour sur le manioc !
Alors lui, il serait accusé de causer le crétinisme (on doit en servir en masse dans nos différents gouvernements…) et le goitre (cette augmentation du volume de la glande thyroïde dont nous venons de parler, liée à une carence en iode)…
Il a été observé que dans les régions (généralement africaines) où les gens consomment de grosses quantités de manioc insuffisamment traité*, ils souffrent d’une absorption excessive de cyanure (substance naturellement présente dans la racine de manioc) qui aboutit à une hypersécrétion d’iode, mais à son absorption réduite par la thyroïde (à cause de la production de thiocyanate) et fait apparaître, de façon endémique, des goitres et, dans certaines régions, des anomales neurologiques chez les nouveau-nés. Par contre, ce processus d’inhibition de l’iode ne se poursuit pas si les enfants sont nourris au sein !
*Le manioc est traditionnellement trempé dans l’eau pendant plusieurs jours pour le débarrasser de son cyanure. C’est une opération de traitement qu’on appelle le rouissage. L’espèce de manioc la plus courante est le manioc doux, très peu chargé en cyanure. Mais il faut savoir que le cyanure est une protection naturelle de l’aliment contre ses agresseurs, un pesticide naturel, en quelque sorte. Le problème est que son taux augmente en cas de sécheresse (nouvelle conséquence du réchauffement planétaire) et que, en plus, on a introduit la culture d’espèces de manioc amer, plus résistantes, mais plus chargées en cyanure sans changer les habitudes de transformation requises ! ![]()
En Amazonie, au cœur de la jungle, certains indigènes consomment jusqu’à 1 kg de manioc par jour, frais et cuit. Parallèlement, ils boivent jusqu’à 3 litres de bière de manioc fermenté et personne ne souffre ni de goitre, ni de crétinisme ! Pourquoi ? Eh bien parce ces indigènes consomment également de très grosses quantités de produits animaux (viandes et poissons), ce qui leur apporte la quantité nécessaire d’acides aminés soufrés et d’iode, ce qui n’est pas le cas des peuples africains consommateurs de manioc dont c’est la principale source de nourriture…
Voilà donc toute la vérité (ou presque) sur le cyanure dans l’alimentation et plus particulièrement dans le manioc. Il est évident que les quantités de manioc que nous ingérons sont absolument insignifiantes et que, de toute manière, la farine produite à échelle internationale est produite à base de manioc doux, traité traditionnellement et qu’il est donc absolument dépourvu de cyanure!
Nous devons rester très vigilants devant ces campagnes d’intoxication de l’information qui pourraient très bien être orchestrées par l’industrie alimentaire qui se voit de plus en plus critiquée et remise en question par les spécialistes de la santé par l’alimentation, qui, en prônant la suppression des céréales traditionnelles, ratiboisent un marché juteux… Les véritables responsables de notre absorption de cyanure sont les industriels et leurs déchets toxiquesainsi que les fabricants de cigarettes.
Gardons au manioc ses vertus de substitut intéressant avec ses fibres, son calcium, fer, magnésium, phosphore, potassium et ses vitamines A, bêta-carotène, C et B9 !
On en revient toujours au même : manger de tout, avec modération et VARIER !!!
Françoise Bayle
Bonjour, je viens de découvrir cet article et je suis étonnée d’apprendre que les noyaux d’abricots contiennent du cyanure. En effet j’en ai pas mal consommé dans mon enfance, ma grand-mère m’avait appris à en extraire les amandes pour les manger, et aussi les ajouter à la confiture d’abricots. Cela reste anodin et saisonnier, mais quand même, je me demande si je recommencerais… Ce qui m’étonne aussi c’est que cette pratique était courante, ce qui semble aller contre le bon sens populaire. En général, les gens savait ce qui était nocif. Qu’en pensez-vous?
Françoise Bayle Articles récents..Débarrassez-vous des lieux communs
Bernadette GILBERT
Bonjour Françoise et merci pour cette intervention. Selon moi, et c’est un peu vers ça que s’orientait l’article, il faut lire cette information avec beaucoup de détachement. Il existe deux types d’amandes d’abricots, amères ou douces. Les amères contiennent donc un composé nommé amygdaline, qui peut libérer du cyanure à la consommation humaine. Mais notre organisme est tout à fait capable de détoxifier les petites quantités de cyanure. Les normes officielles conseillent juste de ne pas dépasser la dose de 3 amandes d’abricot amères par jour… Si, dans votre enfance, vous avez consommé des amandes douces ou si vous avez consommé quelques amères, vous n’êtes pas en danger ! Dans un organisme sain et tonique, les intrusions toxiques s’éliminent naturellement…
C’est un peu comme les microbes. On les chasse à coup d’antibiotiques et, du coup, le corps n’est plus capable de se défendre. Dans le bon sens populaire auquel vous faites justement allusion, on sait très bien ce que l’organisme est capable d’éliminer et ce qui est mauvais pour lui. Donc, consommer occasionnellement des noyaux d’abricot amers contribue même à entretenir les mécanismes de réaction de notre corps ! Alors, bienvenues ces petites amandes pour parfumer nos confitures dont nous ne mangeons que quelques grammes à chaque fois !
Stephane
même quand on sait que c’est nocif on consomme quand même … exemple : la cigarette.
Bernadette GILBERT
Et c’est un exemple tout doux : regardez la consommation excessive de viande, de charcuterie et la fréquentation des fast-food où rien n’est bon pour la santé. Rien ! La moindre salade baigne dans la mayonnaise, les légumes marinent dans les graisses… Et pourtant, leur fréquentation est pléthorique et répétitive… Vous avez bien raison, Stéphane : même quand on sait que c’est nocif, on consomme quand même !
Julien
Je ne verrai plus jamais les abricots de la même manière !
Bernadette GILBERT
Parfait, Julien ! Au moins un qui vivra conscient…
stephane
le cyanure est immédiatement transformé en acide cyanhydrique dans l’estomac (en raison de l’acidité de l’estomac) et il est ensuite inhalé dans les poumons et il passe ensuite dans le sang immédiatement.
C’est un poison car il complexe le fer de l’hémoglobine l’empêchant ainsi de remplir son rôle de transport de l’oxygène.
de temps en temps, certaines personnes accros aux noyaux d’abricots en mettent beaucoup pour faire de la confiture…et en consomment ainsi nettement trop. mortel.
Bernadette GILBERT
Bonjour Stéphane et merci pour cette précision ! J’ai voulu démystifier les bruits qui courraient à propos du manioc, mais le problème du cyanure reste essentiel et il faut que nous restions vigilants sur les dangers réels de notre environnement à ce sujet.
Par contre, je suis intriguée quant à votre allusion aux noyaux d’abricot pour faire de la confiture ! Je sais que l’amande située au coeur du noyau prend le goût des liqueurs, mais pensez-vous vraiment que certaines personnes en consomment suffisamment pour se mettre en danger ?
Stephane
oui c’est déjà arrivé. C’est peu courant car il en faut quand même une certaine quantité.
quantité estimé : 50 noyaux en très peu de temps chez un adulte de 70kg.
source : http://www.taptoula.com/amande-cyanure/
Bernadette GILBERT
Alors, décidément, il ne faut pas prendre à la légère cette possibilité… Encore une fois, c’est la modération qui garantit la bonne santé. Et elle s’applique aux noyaux d’abricots. Merci pour cet exemple, Stéphane !